15-12-2008 | Vive la culture de silo
Vive la culture de silo
Lors de la dernière séance du conseil municipale de Sherbrooke (15 décembre), je me suis opposé à la décision de transférer les actifs de la Société de développement économique de Sherbrooke à IDES (Innovation développement économique Sherbrooke). Cette décision est un spectaculaire retour en arrière qui nous fait reculer de 20 ans, comme à l’époque de la société de développement industriel de Sherbrooke. Sur le nouveau conseil d’administration de IDES, un seul siège est dédié à l’économie sociale... simplement parce que la Loi l’exige. Aujourd’hui, on fait de tous les autres acteurs du milieu des gérants d’estrades!
En fait, ce que le conseil municipal a fait, c’est de remplacer à la tête de son organisme de développement (à qui la ville versera 4 millions de dollars de fonds publics par année) un conseil d’administration représentatif de son milieu par un conseil d’administration composé essentiellement de gens d’affaires.
On nous dit que cette orientation fait suite au Sommet de Sherbrooke 2007 au cours duquel deux éléments sont fortement ressortis parmi de nombreuses préoccupations : ne pas négliger la dimension sociale dans le développement économique de Sherbrooke et, en raison de la concertation déficiente sur le territoire, réviser le modèle de gouvernance en matière de développement.
Non seulement la décision du conseil municipal va à l’encontre de la volonté du milieu, elle va aussi à l’encontre de la culture qui s’est développée à Sherbrooke au cours des 20 dernières années et à l’encontre de la tendance lourde qu’on observe au Québec et partout en Occident. Cette tendance lourde favorise l’approche intégrée, c’est-à-dire une approche qui inscrit le développement des collectivités dans toutes leurs dimensions et qui interpelle les acteurs de tous les milieux, autant le milieu des affaires que les milieux communautaire, coopératif, social, syndical, institutionnel et citoyen. Cette approche intégrée en matière de développement, je l’enseigne chaque année comme professeur à des cohortes d’agents de développement et de commissaires industriels de tout le Québec. Pas étonnant que c’est exactement ce que les acteurs du développement ont réclamé lorsqu’ils ont participé de bonne foi au Sommet du maire l’an dernier.
Notre responsabilité comme conseil municipal (qui agit dans ce cas-ci comme MRC), est d’être gardien des outils de développement économique que nous confie le gouvernement du Québec. Cet outil collectif (en l’occurrence IDES qui jouera le rôle de centre local de développement) doit être porté par l’ensemble des forces du milieu et c’est d’abord dans la composition du conseil d’administration que ça devrait se refléter.
Cela fait un an et demi que nous tergiversons avec le dossier de la gouvernance. En janvier 2008 lors du lac-à-l’épaule du conseil municipal, j’ai proposé par écrit à mes collègues une piste de solution. Au cours des dernières semaines, j’ai exposé en long et en large aux membres du conseil municipal les fondements de l’approche intégrée et j’ai proposé d’ajouter au conseil d’administration de IDES des représentants issus des autres principaux milieux (institutionnel, coopératif, du travail et communautaire). La réponse a été NON.
Le conseil municipal avait une occasion en or, et surtout le pouvoir de répondre favorablement aux attentes du milieu sherbrookois et d’innover, il a choisi d’adopter une approche dépassée qui a été décriée par ce même milieu lors du Sommet de Sherbrooke : la culture de silo!
Bernard Sévigny
Conseiller municipal
Chef intérimaire du Renouveau Sherbrookois

